Portrait et parcours des artistes

L’abbaye accueille un centre d’art contemporain depuis 2004 proposant toute l’année un dialogue permanent entre le monument roman et les artistes d’aujourd’hui. De nombreux artistes de renommée mondiale sont venus exposés depuis sa création : Frédéric Benrath, Titus Carmel, Richard Texier, Père Kim en Joong, Hassan Massoudy, Jean Balitran, Fidel Bofil, Délos…

Saison 2018

Croiser TEXTILE/ART II
Du 30 août au 11 novembre 2018

LES ARTISTES

Diana Brennan. Aile de Lumière est ma dernière grande œuvre tissée. Le point d’accroche
devient l’aspect structurel et visuel de l’œuvre, la trame transparente laissant à voir les flux
rythmés des fils de chaîne. J’observe ainsi les effets visuels de la lumière sur les structures et
textures des textiles. Aujourd’hui, la maille qui remplace le tissage me permet d’explorer les
tensions, les ondulations ou les étirements des tissus réalisés avec les mélanges de fils de
cuivre, d’inox, nylon ou lin.

Ingbert Brunk. Depuis 1985, l’artiste s’est installé en Grèce sur l’île Naxos, dont il sculpte le
marbre. Il exploite la diversité de ce matériau : d’un côté sa blancheur et son aspect cristallin et de l’autre toutes les impuretés naturelles qui s’y trouvent. Il aime cultiver le paradoxe de la
légèreté avec la rudesse du marbre. On retrouve cela dans ses nouvelles sources d’inspiration
textile à travers ses petites robes, ses coussins et dans ses toutes dernières œuvres, des linges déchirés.

Emmanuelle Carraud. Lumière et textile sont les matériaux des peintres depuis la
Renaissance. La lumière peut, par exemple, fixer une image sur une toile enduite de gélatine
photographique et de pigments : là où le tissu est protégé de la lumière par un objet, il reste
blanc et en conserve le souvenir. Une image apparaît, trace d’un corps ou d’un textile dont la
densité ou la transparence se révèle alors. Avec une grande sensibilité, le travail d’Emmanuelle
Carraud a toujours été à la recherche de ces révélations subtiles.

Max Charvolen. Depuis près de cinquante ans l’artiste interroge l’espace. Inscrit dans le
courant esthétique de la peinture analytique et critique, il est amené à travailler la surface et les limites de la peinture, mais aussi le support de celle-ci, par des toiles libres et découpées qui ne dépendent plus du cadre. La souplesse du matériau lui permet d’obtenir des formes légères qui se confrontent à l’architecture, telle celle du chœur de l’abbaye de Trizay, où sont présentées des pièces de la série du début des années 70.

Daniel Chompré (1943-2017), peintre, a travaillé à la création de tapisseries commandées
pour le Mobilier National. Professeur à l’école des Beaux arts d’Angers et graphiste pour le
théâtre, son parcours a toujours croisé le textile. Parallèlement à une création appliquée au
spectacle et à la communication visuelle, il a poursuivi un travail de peinture sur papier et sur
toile, basé sur les textures et les superpositions de matières.

Awena Cozannet. Sa démarche est d’interroger le rapport de l’homme au monde, à son
origine et à sa temporalité à travers une pratique polymorphe. Ses paysages de sculptures
présentent une lecture abstraite et symbolique du monde. Pour chacune d’entre-elles, elle
transforme la matière par des techniques simples : nouage, tressage, tissage, assemblage,
couture. Les formes sculptées sont souvent portées, par elle-même ou par d’autres, le temps
d’une photographie, afin d’explorer la forme, l’image et l’expérience.

Marinette Cueco n’achète pas chez le marchand les matériaux dont elle se sert. Elle ramasse,
plante et récolte les végétaux qui sont la base de son travail développé depuis les années 70.
Ainsi, elle tisse, tresse, noue, tricote, entrelace, crochète les fibres végétales.
A partir de 1978, elle travaille les herbes, fabrique des tissus ajourés aux formes aléatoires en
privilégiant des formes géométriques simples. Les sculptures, pelotes tressées aux formes
ovoïdes, cocons ou chrysalides, évoquent quelque naissance en gestation.

Pierre Daquin est connu, dans les années 65-70, pour ses tapisseries blanches épurées et en
reliefs. Enseignant la tapisserie à l’école CREAR, il fédère un petit groupe d’élèves et,
ensemble, ils fondent l’association Le Groupe Tapisserie (1976) et la revue Driadi qui
deviendra par la suite Textile/Art. Délaissant la tapisserie classique, il revendique alors le
concept d’ « Art Souple » entre liquidité de la peinture et rigidité de la sculpture. Puis il réalise
des travaux en papiers kraft déchirés et dédoublés (1984-1987).

Françoise Ducret. Depuis 1970, le textile a guidé mes choix artistiques. J’aime avoir une
attitude expérimentale, une relation gestuelle avec la matière picturale et avec tous les
matériaux souples. La pratique de la tapisserie haute-lisse, la fabrication artisanale de  feutre, lapeinture avec les pastels à huile m’ont engagée à poursuivre mes recherches artistiques en
créant des « Papier-Matière » (papier, acrylique, film plastique, tissage) et des sculptures
souples à partir de feutre artisanal et industriel.

Wolfgang Gäfgen. Établit à Paris en 1961, il participe à l’exposition Mythologies
quotidiennes du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris qui inaugure le mouvement de « La
figuration narrative ». Il crée d’étonnantes « scènes de l’esprit », où les objets dessinés ou
gravés semblent garder l’empreinte des corps qui les ont habités (canapés, oreillers,
vêtements). Sa technique rend les oppositions de textures, notamment celles des cordes, des
bois, des tissus et des cuirs. « Ce que j’essaie de montrer dit-il, est avant tout mental ».

Jeanne Gatard. De l’écrit à la peinture, le dessin devient somme. L’un et l’autre se répondent
en écho lointain. On ne sait si l’un vient de l’autre, ni lequel serait le point de départ, départ
enclenché par quelqu’étonnement. La grande sieste rend le temps plus leste. Elle est au milieu, au centre du noyau, essieu immobile. Léone y entrecroise vite le fil, haridelle repliée, genoux au menton, les bras croisant le tout, sphynge au maigre séant avec une ridelle au bas du front là où les hindoues incrustent la perle.

Daniel Graffin se dit préoccupé « d’une mémoire archaïque et secrète (…) C’est dans cette
remontée vers les sources de l’humanité que le travail prend racine et paradoxalement, dans
cette traversée des formes archaïques que j’ai le sentiment d’être contemporain ». Chacune de
ses oeuvres, sculpture éphémère ou hiératique, dessin, textile, participe à cette traversée en
solitaire d’un art qui interroge le mystère des civilisations.

Josep Grau Garriga (1929-2011). Dans le milieu des années 50, il part rencontrer Jean
Lurçat, découvre le mouvement des peintres abstraits et fait la connaissance de la directrice de la galerie La Demeure, qui a été un des principaux centres de la « Nouvelle Tapisserie ». De
retour à Sant Cugat, il abandonne la technique traditionnelle de haute-lice, pour travailler
directement sans carton. Matières nouvelles, mélange des textures, contrastes de couleurs  : son style est né. Grau-Garriga a toujours voulu donner une dimension politique à son travail.

Marie-Hélène Guelton, membre du International Shibori Network, est passée d’une pratique
du tissage à la teinture à réserve. Le tissu en soie, coton, laine, fibre d’ananas ou de bananier,
est plissé, plié, cousu ou enroulé sur un support avant d’être ligaturé et teint. Même si elle part
d’une idée précise créant dans une même opération les volumes et les couleurs, l’artiste joue
avec maîtrise le principe de l’aléatoire. Panneau, volume ou kimono, à la palette chromatique
volontairement réduite, en valorisent enfin la composition.

Elga Heinzen. J’éprouve une véritable fascination pour les plis. Le pli m’émeut, il est une
obsession pour moi. Ainsi les grands parasols italiens qui, quand ils sont fermés, m’évoquent
des silhouettes humaines avec leurs capuchons sont à l’origine des Présences. Je ne le montre
pas, mais l’être humain est omniprésent dans mon travail. Pour ce qui est des drapeaux, j’ai été fascinée par leurs couleurs claquantes se perdant avec leurs symboles dans leurs replis vivants, comme celle du tissu des vêtements. Rien a voir avec un quelconque nationalisme.

Georges Jeanclos (1933-1997). L’œuvre du sculpteur est née en écho aux événements de la
Deuxième Guerre mondiale. Ses personnages en terre cuite, fortement influencées par le
bouddhisme zen et par les statues de terre étrusques montrent des visages ronds et lisses, des crânes chauves. Elles sont vêtues de draperies, de linceuls ou de haillons. Ses Dormeurs sont une sorte d’alternative aux gisants d’autrefois. Il les réalise en argile, puis les propose dans les années 70 à la Manufacture nationale de Sèvres qui les traduit alors en biscuits de porcelaine.

Anne-Marie Milliot, construit avec le papier. Elle le fabrique, l’incruste de fils, assemble les
feuilles, déchire, soude les morceaux bords à bords avec la peinture, incise, perfore, froisse,
gratte, réalise des empreintes : la peinture d’Anne-Marie Milliot réactive certains gestes
décisifs des années 1950-1980. « C’est dire qu’elle n’a rien abdiqué de côté expérimental de ces années-là,…qu’elle ne se sent pas écrasée par les références citées, mais au contraire vivifiée, stimulée par elles… » (Christian Limousin)

Françoise Pelenc, élève de Pierre Daquin, au CREAR en 1976, a créé, avec d’autres élèves,
Le groupe tapisserie et le bulletin Driadi qui deviendra Textile Art. Tisserande, puis lissière,
elle travaille avec le matériau textile pendant de nombreuses années, explorant tout autant les techniques issues des civilisations lointaines, que les liens qui entremêlent la mémoire et la
trace. Alors, le matériau textile devient support de la peinture. Celle-ci se situe entre
abstraction et figuration dans une approche poétique, sensorielle et émotionnelle du réel.

Catherine Perin. Formée à l’atelier de Pierre Daquin à CREAR, elle fait partie, dès l’origine,
du petit groupe de stagiaires qui ont décidé de fonder l’association Le Groupe Tapisserie et la
revue Driadi qui deviendra par la suite Textile/Art. Elle a créé l’association Territoires, qui
prendra en charge la diffusion de la revue et des livres édités par Textile/Art/Langage.
Comme créatrice textile, elle a privilégié le tissage de fil de nylon. Actuellement elle se
consacre à l’aquarelle.

Frédérique Petit. Le plus souvent orientées vers le textile, les oeuvres de l’artiste ont toutes en commun le fil : le fil comme trame ou comme tracé, comme palette de couleurs ou comme
architecture, du fil de soie aérien et quasi invisible jusqu’au fer à béton dans des travaux plus
récents, de la tapisserie à la broderie, du tressage à la sculpture, de la miniature à la
construction métallique.

Marie-José Pillet. La démarche artistique de Marie-José Pillet s’articule autour de la relation
du toucher et du voir. Ses créations de petits formats comme ses environnements sensoriels
engagent le visiteur dans une relation physique à l’œuvre, l’invitant par ses dispositifs à
vérifier ses propres sensations. Sa palette tactile, riche de matériaux textiles mais aussi de bois, de papiers, de matières plastiques se confronte avec celle du peintre ou du dessinateur. Le mouvement qui conduit le toucher au regard questionne la suprématie du visuel.

Anne Flaten Pixley. Le paysage a été la source de mon travail. Dans le Midwest des Etats-
Unis j’étais fascinée par les vues extraordinaires, sans avoir conscience de leur exceptionnelle
beauté. Je ne me lassais pas des immenses champs, des dunes de neige et des promenades
quotidiennes à travers les bois. Dans la fabrication de mon papier et la construction de mes
œuvres, je tente de retrouver cette qualité d’attention.

Véronique Porot, plasticienne textile, interprète ce que la nature lui donne à voir, sentir,
toucher. Par des croisements de fils et de matières naturelles ou synthétiques, elle crée des
formes où la lumière et la transparence dialoguent avec les vides et les pleins. Dans ses
réalisations subtiles et d’une délicate poésie, les fils s’entrelacent en une intime proximité entre le travail de la main et celui de la nature.

Nadia Prete. Plasticienne de formation, ayant été initiée à la tapisserie par un stage à la
Manufacture des Gobelins, elle a beaucoup tissé le sisal. Au début des années 80 elle rejoint
l’équipe de Textile/Art, écrivant de nombreux articles pour la revue et les autres publications de l’association, ainsi que des préfaces pour des catalogues d’artistes. Elle a entamé une carrière de photographe au début des années 90 et écrit une thèse d’Arts Plastiques sur la photographie. Ses créations expriment souvent ses deux passions : le textile et l’image figurative.

Monique et Rémy Prin. Lignes, colonnes, les pages, une multiplicité de cellules
élémentaires… Nous vivons cet univers numérique, données, procédures, langage qui norme,
trait à trait, page à page. Mais précaire, et pourtant présent à chaque page aussi, le croisement de ce qui naît. Réseau décalé, presque incertain, le vivant ne surmonte l’incertitude qu’à peine, s’incarne dans la profusion des lignes, ce qui déborde.

Virginie Rochetti. Du dessin à la broderie assistée par ordinateur, de la vidéo au rétro
projecteur de conférence en passant par la performance dessinée, je recherche l’entrechoc. Le
rapport entre le sujet et le médium crée un trouble, une transcription de la violence du monde
qui nous entoure. J’essaie, à travers ces improbables rencontres, de montrer les lignes de
tension qui nous traversent, de les rendre visibles, de les apprivoiser, pour peut-être entrevoir,
donner à voir et sentir la possibilité de l’apaisement, de la joie.

Agnès Sebylleau. Elle œuvre avec un point de crochet basique et l’idée du minimal
l’enchante : 1 crochet + 1 pelote + 1 point. Elle travaille avec fébrilité, chaque pièce lui
soufflant les idées qu’elle a hâte d’explorer dans la suivante. Elle crochète de la ficelle de lin
et, ainsi travaillée, la ficelle devient un tissu pour modeler des figures fantasmées, entre
minéral, animal et végétal. Les pièces s’élaborent en sourdine quelque part entre l’intentionnel et l’inconscient, au terme d’une genèse spontanée, sans l’aide d’aucun croquis.

Antoni Tàpies (1923-2012). Toute l’œuvre du peintre et sculpteur catalan est marquée par un
engagement dans le réel, par une violence de l’expression et de la matière. Les lacérations,
entailles, griffures qui déchirent son œuvre disent l’oppression du franquisme. Dans les années 1960, il fait exploser la toile dans des formats monumentaux et commence à inclure des matériaux quotidiens, textiles ou issus du recyclage et des déchets. Les graffiti et les couleurs très symboliques sont tournés du côté de l’accès à l’intériorité et au monde philosophique.

Mireille Veauvy est peintre et licière. Ses premières tapisseries privilégient les techniques de
relief puis, dès 1989, elle travaille à partir de ses paysages quotidiens de la Drôme en associant peinture et tapisserie dans une même œuvre. Deux façons contrastées de vivre le temps : la peinture, rapide, spontanée et la tapisserie lente et méditative. Avec le paysage et la lumière, elle nous dit l’impermanence et la fugacité.

Francis Wilson. Ses premières œuvres sont des structures en fibres de coco nouées, enduites
de pigments et de matières. Puis il travaille des toiles par des coutures volontairement rapides
et irrégulières qui créent des tensions de lignes se matérialisant dans des plis. Il applique alors
les couleurs sur les toiles, en plusieurs couches plus ou moins épaisses et plus ou moins
colorées. Ces pièces des années 80 sont une transition entre le travail textile et le travail de
peinture qui va préoccuper de plus en plus l’artiste.

 

Le centre contemporain remercie ses partenaires pour leur soutien :

la Région Nouvelle-Aquitaine ; le Conseil Départemental de la Charente-Maritime ;
la commune de Trizay ; la Maison de cognac « La Gabare » à Saintes.

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